canada et travail

Dans cet article pas de bla-bla. Pas de chichi. Pas de paillettes aux yeux. Non. Ici, on partage avec transparence ce qu’est la réalité. On avertit les petits nouveaux qu’il faut qu’ils se tiennent prêts. On rembarre les haineux avec « vous êtes des chanceux ». On partage l’expérience. Celle qui m’aura valu de gros moments de doute, de pleur (ouais mais Angélique tu fais que chialer aussi…), d’isolément, de grosses envies de rentrer mais finalement, où la persévérance aura fini par payer.

Souvenez-vous, en début d’année je vous racontais avec fierté que j’avais décroché, depuis la France, mon précieux full-time permanent et ce, dans mon domaine professionnel –Clap-Clap-Clap-.

Janvier 2019 j’intègre toute fière ma nouvelle société. Celle dans laquelle je me voyais évoluer. Celle qui me permettrait de me développer. Celle qui me garantissait de profiter des plaisirs de la B.C. Bref, celle qui allait faire de mon expérience canadienne un vrai cadeau du ciel.

Les semaines passent et la désillusion est de plus en plus palpable. Dès les premiers jours, je sens que le courant ne passera pas avec mon équipe. Différence culturelle ou pas, qui peut se satisfaire de passer 7h de sa journée à ne pas échanger un mot ? Nous n’avons aucun centre d’intérêt en commun. Nous ne partageons rien. Du côté manager on repassera, aussi. Mince, mauvaise loterie : malheureusement, c’est le risque lors d’un entretien d’embauche, tu ne sais jamais si ca fittera ou non avec ton équipe. Tant pis. 1-0.

Les semaines passent et la désillusion est de plus en plus palpable. Clairement je m’ennuie. Je n’apprends rien. Je ne me développe en rien. J’essaie de changer les choses mais rien n’y fait. Psss’t, mais attend une minute Angélique, dans ton intitulé de poste il y a le mot « Coordinator » : et ouais meuf, Coordinator c’est « l’entry level » du poste. C’est comme ça ici, plusieurs professions sont « ranké ». Ah ouais. Mais je ne le savais pas ça. 2-0.

Les semaines passent et la désillusion est de plus en plus palpable. L’ambiance est de plus en plus lourde. Mes journées se ressemblent. Je suis comme un robot. La goutte d’eau aura été le bégaiement de ma manager quand je lui ai demandé « on est déjà au mois de mai, c’est normal que l’on ne discute pas de mes objectifs de l’année ? ». Une semaine après je donnais ma démission. 2-1.

Au moment où je donne ma démission, je n’ai pas de plan B mais punaise, « qu’est ce que je me sens bien ». Pas de plan B. Non. Ce n’est pas si grave, le marché du travail est dynamique. Et puis, j’ai trouvé en quelques semaines depuis la France, ce sera ea-sy en étant ici.

-Emoticône mort-de-rire-

Ma démission m’aura valu un tracker Excel avec +130 lignes. 2 onglets « mon domaine professionnel » – « autre ».

Elle m’aura valu être dans le flou le plus total plus d’une dizaine de fois après avoir eu un premier entretien téléphonique ou un entretien physique. Sur 32, plus de la moitié des « recruteurs » ne m’ont jamais tenu au courant (malgré les relances) de la suite du process. D’ailleurs, au moment où j’écris, j’attends toujours un appel de la société X prévu le 24 juillet à 12h. J’attends également toujours, après avoir eu un entretien téléphonique, un rencontre physique et une mise en situation qu’on me dise si oui ou non, j’ai décroché le poste, et ça, ça date de début juillet.

Ma démission m’aura montré que beaucoup de « recruteurs » ternissent incroyablement bien ma profession. Combien n’ont aucune éthique et aucun professionnalisme. Que oui, je n’étais qu’un CV. Que beaucoup soustrait le recrutement dit « qualifié » à 15min d’entretien et de « vous maîtrisez le Pack Office ? ».

Ma démission m’aura montré (et bien prouvé) qu’il faut arrêter. Arrêter de penser et de croire que le marché du travail, au Canada, est un Eldorado. Qu’en étant ici, oui, tu es bien un immigré et tu as tout a prouvé. La concurrence est rude. La discrimination est là (on en parle de cette offre d’emploi où mentionné en gras « français, Québécois » ?).

Elle m’aura aussi montré combien il est difficile de te faire une place quand tu n’es pas d’ici. Combien il faut savoir jauger et s’adapter aux codes. Combien il faut savoir ravaler sa salive quand parfois, la situation ou les propos te semblent injustes et injustifiés. Qu’il faudra gentiment dire merci mais non merci quand on te proposera $20/h alors que tu sais, qu’en pratique on est autour des $28/32 (rooh mais Angélique, c’est comme ça ici, quand tu arrives, il ne faut pas prétendre à ce que tu avais en France. D’accord, mais je ne renonce pas à mon Bac+5 ni à mes années d’expérience).

Ma démission m’aura valu quasi’ 2 mois de « chômage ». C’est rien vous me direz. Pour certain oui, mais pour d’autre non. Je fais partie de ces « autres ». Ces 2 mois ont été difficiles à gérer. Ascenseur émotionnel sur ascenseur émotionnel. Privation. Renfermement. Grosse remise en question. Echec. –heureusement que lui est là et que la communauté est là–.

Alors oui ici pas de bla-bla, pas de chichi, pas de paillettes aux yeux. Voilà ce qui a valu mon silence pendant de longs mois. J’ai fait le choix de m’installer en B.C, peut-être que ça aurait été différent au QC. Certainement. Ou pas. Je n’en sais rien.

Vous me direz que c’est le jeu de l’expatriation. J’accepte les règles. Je les accepte jusqu’au moment où tout le monde joue le jeu. Dans ce partage d’expérience je veux dénoncer ce que très souvent on entend ou ce que l’on peut lire : non, ce ne sera pas forcément facile de trouver du travail au Canada. Mais lorsque l’on trouve le bon, il est certain que l’on peut décoller, voire même très bien décoller comparé à chez nous. Pour ma part, l’avenir nous le dira.


Tu sais, l’aventure est belle et vaut le coup d’être vécue. Malgré tout. Alors si tu es tenté, jette un œil ici ou ici.

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