Banff Gondola à Sulphur Mountain

Cette fois-ci non je ne vous parlerai pas de ce qu’il y a à faire ou voir à Banff. Des tonnes et des tonnes d’articles existent déjà à ce sujet et clairement, je ne vous apprendrai rien. Non. Cette fois-ci j’ai envie de vous partager mon expérience de travail: celle d’housekeeper.

Une journée de juillet (ou plutôt une énième journée de juillet où je me faisais chi** comme un rat mort au boulot), je rêvais d’une nouvelle destination canadienne qui me transcenderait. 1h00 de rêve plus tard : Banff National Park je porte mon dévolue sur toi. J’avais envie de soleil, de montagnes, de vie et de « Wahou » arrivée au sommet et clairement je savais que cette destination me ferait vibrer. Départ le 1er septembre.

Je me projette et me fixe pour durée maximale sur place 1 mois et demi histoire de voir du pays tout en prenant mon temps. Aussitôt je prends contact avec ma copine 7h15 qui est déjà sur place depuis un moment pour avoir son avis et avoir quelques infos. La nénette me séduit en un rien de temps et me donne de sacrés bons conseils pour planifier mon arrivée. En plus, quand tu travailles sur place tu peux prétendre au Banff Ambassador. Une carte qui te donne accès à de sacrées réduc’ voire carrément des choses gratuites (coucou le canoë sur Lake Louise, l’accès au spa du Fairmont Banff ou encore le Gondola).

La vie à Banff coûte un bras entre logement, nourriture, activités et bla-bla-bla. La combo’ parfaite, quand tu as la possibilité de travailler sur place, est de trouver un boulot qui propose un « staff accomodation ». Idéale quand tu veux profiter du lieu à moindre coût. J’envoie donc mon CV dans quasi’ tous les hôtels : housekeeping, sales associate, serveuse… Clairement, je m’en contrefous du boulot qui me sera donné du moment que je suis sur place. Bingo ! Je reçois mes premiers appels pour passer des entretiens. Mon choix se porte sur l’hôtel Banff Aspen Lodge pour un poste d’housekeeper.

J’arrive à Banff le 1er septembre pour commencer le boulot le 4. Parfait ça me laisse 2 jours pour prendre mes marques et commencer à visiter les lieux. En un rien de temps je suis sous le charme : Dieu que c’est incroyablement beau !
Je me présente à l’hôtel et suis accueillie par ma future manager et un futur collègue, Danny. Tous les deux philippins. Danny m’accompagne jusque mon staff accomodation à 3mn à pieds de l’hôtel.
Mon arrivée dans ma future maison pour le mois à venir me laisse quelque peu perplexe sur ma suite ici… Le lieu est neuf, la chambre est bien agencée (je suis censée la partager avec une autre fille mais suis finalement toute seule) mais alors les parties communes… Un salon et une cuisine neufs mais d’un crade qui me laisse sans voix. Ce n’est donc pas un mythe : les nanas peuvent s’avérer être bien plus dégueu’ que les mecs ! Je suis complètement choquée : de la nourriture de 3 jours dehors et l’évier qui dégueule de vaisselles crades (je vous passe les poubelles). Je prends sur moi.

Aussitôt arrivée je rencontre mes coloc’ et futures collègues : deux allemandes, une australienne et deux canadiennes. Tout de suite nous accrochons : finalement elles vont être fun ces futures semaines, tant pis pour la vaisselle dégueu’.

Le 4 septembre j’enfile mon uniforme : me voilà dans la peau d’une housekeeper. Mon équipe regroupe 3 continents à elle seule : Asie, Amérique et Europe. J’aime tellement ce melting pot. Je rencontre Archie, Anna, Angel, Joceline&Joycelyn, Guillermo, Jade et j’en passe. Beaucoup sont philippins, les Twins viennent de Jamaïque et l’Espagne est parmi nous.

Les jours passent et rapidement je comprends que vraiment je suis en train de faire un boulot de chien. Dans les starting-block dès 8h00 du matin jusque 15h00 à retirer des draps (je vous épargne ce que l’on peut retrouver sur des draps), lever des matelas, brancher/débrancher l’aspirateur, nettoyer des chambres (je vous épargne comment l’être humain peut être plus crade que crade) et j’en passe.
J’ai toujours eu un profond respect pour les femmes/hommes de ménage. Le vivre me permet de me rendre compte combien les conditions de travail sont rudes : entre « robot attitude », position de travail (merci le dos bloqué au bout de 15 jours de boulot) hyper fatigante et gênante et ingratitude de certains clients, tous ces hommes et femmes qui exercent la profession mériteraient d’arrêter de travailler bien avant l’âge légal de la retraite (et en prime avoir la légion d’honneur !). Le comble dans l’histoire c’est que le salaire s’avère être réellement une misère et ce malgré les 35/39h00 par semaine.

Les jours passant j’apprends à connaître mes collègues. Pour beaucoup ils ont une quarantaine bien tassée. J’apprends que les Twins ont quitté une misère profonde en Jamaïque et que le Canada s’apparente comme être un Eldorado pour elles. Elles travaillent à l’hôtel depuis 5 mois mais rêvent de quitter Banff avant l’hiver. Beaucoup de mes collègues philippins ont entre 2 et 3 boulots en même temps. Les semaines à 45h00/55h00 ils connaissent et malgré les cernes qui marquent la fatigue sur leur visage, ils ont toujours le sourire, ils sont toujours dans une « good mood ». Ma manager est plutôt sympa mais le management à la philippienne très peu pour moi: « RushRushRush : if you don’t want to do a quality in rush GO HOoOOOome » – « Oui chef ! Entendu Chef ». Dès 8h00 ça pique. Pire que l’armée.

J’ai déjà une certaine expérience professionnelle mais je dois dire que celle-ci m’a particulièrement touchée. Toutes ces personnes m’ont mis une claque et m’ont marqué. Je me revois encore souffler (oui, cette expérience a aussi mis au jour que les français sont râleurs. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis pleins et où j’ai soufflé) et Archie me dire « Andgilik stop it !». Danny tu ne lieras certainement jamais ce texte mais merci de m’avoir souri ce mercredi 19 septembre, j’en avais vraiment besoin. Les Twins, vous et votre attitude Dupont&Dupont parfois à m’en faire pipi dans la culotte, vous m’avez extrêmement touchée de par votre sensibilité et votre envie de vous dépasser. Jade… Ma coloc’ allumée et d’un accent canadien venu tout droit du FarWest. Je ne sais pas combien elle a eu de vies mais ce qui est sûr c’est qu’elles ont toutes laissées quelque chose de marquant et que ça n’a pas dû être facile tous les jours. « Thanks GirlFriend ». Merci les collègues.

Travailler pour le monde hôtelier une première et certainement une dernière. Je n’ai pas accroché avec la distance qui est mise entre le management et les employés (peut-être que c’est simplement dans cet hôtel). Le rythme de travail se joue au tempo et les employés ressemblent beaucoup trop à des robots. C’est bien la réalité, les personnes occupant ces fonctions ont eu un parcours de vie parfois chaotique et bien loin du mien mais elles ont toutes cette envie. L’envie de continuer et l’envie de bien faire.

A toutes ces femmes et hommes qui font un boulot de chien : vous êtes exceptionnels.

(NB : Banff c’est incroyablement-magniquement-beau et j’y ai fait certainement ma plus belle randonnée jusqu’à aujourd’hui. Lake Louise tu as fait fondre mon petit cœur)

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